J'aurais pu te dire que j'en avais marre, de ce quai, froid, de cette nuit presque au soleil levant.
J'en ai marre de nos nuits d'amour, avortées. Nos nuits sans lendemain. Qu'au début ça me plaisait.
On attendait rien. Ni de l'une ni de l'autre. Puis le jeu m'a dépassé. Nous a dépassé, même à un moment. Tu me jurais fidélité. Je te promettais mon coeur. Mais nos corps appartiennent à d'autres.
Et là, ce soir, sur ce même quai dont je connais chaque barre de ce même banc, chaque graffiti, chaque instant où tu me déposes. Tes bras enlassent mes épaules. Tes yeux se plantent au fond des miens. Et puis je pars. Jamais je ne me retourne. Toujours, j'imagine les feux de ta voiture disparaître. Imaginer cette scène me suffit. Je ne veux pas la voir. Car ce serait peut-être pour la seule et unique fois...
Et ce soir, comme tant d'autre, je pars. Je traverse à nouveau la France. Tout à l'heure, je serais chez moi. Un chez moi qui n'existe pas. C'est juste une adresse. Je me coucherais dans ce lit que je prétends être mien. Je ne sais même plus quand j'y ai dormi pour la dernière fois. Je ne sais plus dans les bras de qui...
Et j'écoute toujours cette musique...Et j'ai des images de toi dans mes yeux, de nous. Le jeu m'a dépassé. J'aimerais juste là, maintenant te serrer dans mes bras, comme cette fois-là. J'aimerais juste que ce soit aussi simple. Je t'aime...